L’équitation : un sport pas comme les autres...

« Le cheval est la plus noble conquête que l’homme ait jamais faite [...] » Georges Louis Leclerc, comte de Buffon

Chamade, surnommé « gros patapouf », partage la vie de Lucas depuis peu. Chamade est un jeune cheval de 7-8 ans. Décrit par Lucas comme étant cheval intéressant, il est gentil et attachant. C’est un grand cheval monté par un cavalier à sa taille, un cheval qui parfois fait l’idiot comme les petits. Il n’est pas facile à monter car il teste son cavalier pour voir s’il est bien accroché à la selle mais Lucas en fait son affaire…

Lucas Forestier est un jeune cavalier qui pratique l’équitation depuis ses 4 ans. Avec ses cheveux bouclés et sa veste jaune, en terminale il arpente les couloirs du lycée.

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Actuellement licencié au Club hippique du Gévaudan il vient de se lancer dans la compétition et il détient le Galop 7 (Les galops, de 1 à 7, sont des examens fédéraux qui permettent d’attester le niveau d’un cavalier). Il concourt dans la discipline CCE (Concours Complet d’Équitation) qui consiste à noter le cavalier, Lucas, et son cheval, Chamade, sur trois épreuves différentes. Le duo doit tout d’abord exécuter une reprise de dressage. Imaginez Lucas et Chamade danser en totale harmonie. Par la suite, imaginez-les enchaîner un parcours de saut d’obstacle et s’élancer dans les airs en survolant chacune des barres. Puis enfin imaginez-les partir sur le cross, un parcours où le duo doit franchir une douzaine d’obstacles fixes selon un parcours précis de plusieurs kilomètres dans la nature, dans un temps défini.

Un lien fort : le lien Homme-cheval

L’objectif de Lucas est de s’améliorer en évoluant en équipe pour réussir en concours. Sa relation avec Chamade est encore nouvelle. Pour Lucas il est important qu’ils apprennent à se connaître et qu’ils créent un lien. Ils travaillent ensemble et évoluent dans la carrière du centre équestre 3 fois par semaine.

Faire de l’équitation n’est pas de tout repos !

Pour une heure de travail à cheval, comptez une grosse demi-heure avant pour préparer votre monture. Ce moment est important, il faut prendre le temps de brosser, câliner et s’occuper du cheval. Cela permet au duo de faire connaissance et de se connecter avant la séance. En plus, il vous faut aussi prendre du temps après le travail, pour desseller, brosser et faire les soins comme graisser les pieds…Lucas accorde beaucoup d’importance à ce temps de préparation avant de partir pour la séance. « J’aime autant monter que préparer car il faut les deux, sinon tu n’es pas un vrai cavalier. »

Lucas doit s’habituer à son nouveau cheval qui n’a pas le même fonctionnement et le même comportement que son ancienne partenaire Sunday. Et oui, chaque équidé est différent, ressent des émotions différentes, a sa propre façon d’évoluer... Il est donc impératif de s’adapter à chaque cheval. Il faut changer notre façon de monter si elle ne correspond pas. Ce n’est en aucun cas au cheval de s’ajuster à vous !

Pour Lucas son lien avec Chamade, prend une place importante à ses yeux : la relation peut être qualifiée de fusionnelle. Il aime parfois être juste seul avec son cheval. Ce dernier prend la place d’un compagnon, d’un confident, « comme un nouvel ami ». Selon Lucas, « tu vis un truc indéfinissable et personnel avec ton cheval ». Il lui dit ce qui ne dirait pas forcément aux autres. Le cheval prend complètement le rôle de gardien des secrets un peu comme un journal intime. La relation à l’animal est un point si essentiel que si un jour Lucas doit acheter son propre cheval, il le choisira au feeling. De plus, il devra être jeune pour tisser le plus de lien possible.

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Lucas aime l’équitation parce que ce sport se partage avec l’animal. Il précise qu’il aime en priorité, d’abord et avant tout, le cheval plus que le sport. Lucas décrit la relation homme-cheval comme étant une source de bonheur. Ce sport offre « la liberté d’être avec son cheval ». « C’est rare et ça fait du bien ».

Ce sport offre aussi la possibilité de transformer un sport passion en un « métier passion ». Pour Anouk MOISSET, propriétaire et monitrice d’équitation au Club hippique du Gévaudan « aimer ce que l’on fait donne envie de travailler ».

« Être heureux à cheval, c'est être entre terre et ciel, à une hauteur qui n'existe pas. » Jérôme Garcin

On développe comme des sentiments, de l’amour, pour un être fantastique. Lors de compétitions notamment, les deux partenaires apprennent à se faire confiance l’un l’autre. En concours, la gestion du stress en tant que cavalier est également importante pour ne pas le faire ressentir au cheval. Bref vous l’aurez compris, la confiance est le pilier central, le fondement du lien homme-cheval.

Le cheval a permis à l’Homme d’évoluer comme aucun autre animal. Il est à l’origine de la traction et du travail de la terre…Il est indispensable, l’Homme ne peut plus s’en passer. Le cheval prend toute sa place parmi les animaux de compagnie. En effet, il fait partie avec le chien des deux meilleurs amis de l’homme. Le chien peut mourir sur la tombe de son maître, le sauver en cas de danger comme il sauve des vies humaines… De même le cheval se donne au maximum pour son cavalier et peut parfois se laisser périr lors de l’absence de ce dernier. Vous n’allez pas faire faire à un hamster, à un chat ou à un lapin ce que vous faites faire à un cheval ou à un chien. Si le cheval se laisse dresser c’est qu’il le veut bien ! Il comprend et évolue à nos côtés. Il est capable de retenir et d’apprendre tout comme le chien. Grâce à leur intelligence le lien devient intéressant. La relation est vouée à l’évolution. Un véritable échange se créer. Ils se lient à l’homme et développent des sentiments dont la fidélité qui prend une place très importante dans l’échange. Cet échange s’illustre très bien en équitation.

Il ne faut pas oublier qu’un cavalier sans cheval n’est plus considéré comme tel. En revanche un cheval sans cavalier est toujours un cheval. Si l’on suit cette logique c’est le cheval qui devrait avoir le dernier mot. C’est l’animal qui devrait avoir le pouvoir et qui devrait dominer la relation. Or dans la réalité l’Homme se situe en haut et commande l’animal qui est « soumis ».

Je trouve ce paradoxe amusant, il nous rappelle que la relation entre l’Homme et le cheval n’est pas forcément simple et qu’au contraire elle résulte d’une alliance assez complexe.

« Nous avons presque oublié combien il est étonnant qu’un animal aussi grand, aussi puissant et aussi intelligent, puisse accepter sur son dos un autre animal tellement plus faible. » Peter Gray

Vous ne pouvez pas avancer seul en tant que cavalier si vous ne partagez pas cet objectif avec votre cheval. Il se trouve être votre partenaire, donnez-lui donc l’envie d’avancer avec vous. Impossible d’abandonner ou de vous séparer de votre fidèle destrier ! Lucas précise que monter à cheval ce n’est pas contrôler le cheval c’est « coopérer avec le cheval ».

Un sport d’équipe ?

Le lien à l’animal peut impacter la conception que l’on se fait du sport. Pour la plupart des gens, quand on leur parle d’équitation, ils pensent à un sport individuel. Or Lucas explique qu’il continue de pratiquer l’équitation aujourd’hui car selon lui il n’est pas tout seul, ils sont deux, comparé à d’autres sports tels que la moto ou le vélo…

Anouk rajoute : « c’est un sport individuel qu’on fait à deux ».

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Le paradoxe fait réfléchir : « bien évidement on est seul en temps qu’être humain mais cette discipline, c’est deux êtres vivants qui interagissent ». « On est confronté à la fois aux émotions du cheval et du cavalier. Le plus difficile reste de devoir gérer toute ses émotions. » En d’autres termes la réussite du couple est aléatoire : ça peut marcher pendant plusieurs jours puis ne plus fonctionner.

A cheval sur l’égalité !

Lucas est le parfait contre-exemple de l’idée reçue selon laquelle l’équitation est réservée aux filles ! Il dit ne pas avoir l’impression d’avoir choisi un sport féminin. Pourtant, l’équitation sonne comme sport féminin pour la plupart d’entre vous. Et on ne peut pas vous en vouloir.

En France on observe dans les centres équestres beaucoup de filles et très peu de garçons. En revanche, au niveau professionnel la tendance s’inverse, on remarque pas mal de cavaliers sur les pistes et moins de cavalières. En effet, les chiffres parlent ! La FFE (Fédération Française d’Équitation) est la première fédération sportive féminine. 83,6% des licenciés sont des femmes : elles représentent environ 8 licenciés sur 10. C’est un peu plus de 530 000 licenciés sur 650 000 qu’en compte la FFE. Parmi ces dernières, plus de 60% ont moins de 15 ans. En revanche, si l’on se concentre sur la compétition au niveau professionnel, elles représentent seulement 42,3% des licences.

Selon Anouk, ce constat selon lequel dans les clubs on retrouve beaucoup de filles pourrait s’expliquer peut-être par le fait que petites, les filles aiment jouer à la poupée et dorloter les animaux, le cheval s’y apparentant, cela leur plaît. De plus comme c’est un milieu très féminin, cela exclut encore plus les garçons qui ont du mal à trouver leur place. Anouk explique aussi que selon elle au niveau professionnel, beaucoup moins de femmes sont présentes car elles assument la vie de famille. La grossesse change le corps et la femme est contrainte d’arrêter momentanément la pratique. De plus, en règle générale la vie de famille impacte beaucoup plus la femme que l’homme. Mais Anouk reste positive et souligne que cette tendance change avec l’arrivée de femmes dans les 5 premiers mondiaux. Cela montre que la société et les mentalités évoluent.

Grand cavalier, bon cavalier ?

Homme ou femme, vous connaissez tous au moins un grand cavalier ayant fait les Jeux Olympiques : Nicolas Delmotte, Pénélope Leprévost, Mathieu Billot, Nicolas Touzaint, Morgan Barbançon Mestre…. Ils sont de grands cavaliers de haut niveau mais comment définir un bon cavalier ?

Pour Lucas, « Un bon cavalier n’est pas forcément un cavalier qui monte bien même si ça aide beaucoup ».

C’est est un cavalier qui prend du temps pour être avec les chevaux, rester avec eux, qui ne les abandonne pas après avoir monté et fait une heure de travail. C’est un cavalier qui s’en occuper, qui leur donne à manger qui les félicite, en un mot qui les « chouchoune ».

Il se donne les moyens de faire ce qu’il pense être juste. Par exemple, après le cours, il donne un bout de pain à Chamade pour le remercier, il prend le temps de lui graisser les pieds, de le brosser, de le caresser. Aussi, il donne la ration aux autres chevaux, balai les écuries etc. Mais être un bon cavalier ne s’arrête pas aux gestes. Le mental est tout autant important. Pour Lucas le respect du cheval est primordial au même titre que la confiance. Patience, envie, humilité et respect sont les qualités nécessaires pour monter à cheval selon lui.

« On ne peut prétendre maîtriser un cheval tant qu’on ne se maîtrise pas soi-même. » Pat Parelli

Se remettre en question est absolument incontournable pour le bon fonctionnement des deux partenaires. « Je me dit que c’est ma faute et pas celle du cheval. » Si Chamade n’exécute pas comme il faut le travail, c’est que la demande est mal formulée ou mal comprise par le cheval. Toujours est -il que Chamade essaye de faire de son mieux en fonction de ses capacités. Lucas cherche après chaque cours ce qu’il a pu mal faire consciemment ou à son insu. En fin de compte, une entraide se crée entre eux. Bien sûr que Lucas aide son cheval Chamade à progresser dans son attitude et ses aptitudes. Même si « pour l’instant c’est plus lui qui m’aide »

La satisfaction c’est d’évoluer et de voir que le travail paye. Mais aussi c’est avoir réussi à créer une connexion d’après Anouk. Lucas poursuit, c’est « quand tu sens que tu as passé ce déclic », que tu as « surmonté l’échec ».

Les risques du métier...

Si notre lien avec le cheval est essentiel, il n’est pas pour autant sans danger…Le saviez-vous ? L’équitation est la 5ème activité sportive la plus dangereuse.

En effet une étude américaine a montré qu’il y aurait plus de risque de se retrouver à l’hôpital en pratiquant l’équitation qu’en pratiquant le ski ou la course automobile. Dans 50 % des cas, les cavaliers ont été obligés de rester à l’hôpital, parmi eux, un quart sont allés en soins intensifs et 10 % ont subi une intervention chirurgicale. Chaque année, pour ce sport on dénombre 770 morts et 6 000 accidents, dont 818 touchent la tête. Lucas dit avoir conscience de ce risque mais cela n’empêche pas ses proches, ses parents, surtout sa mère d’avoir peur pour lui principalement sur le cross.

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Mais alors, est ce que le fait de tomber, d’échouer, change le mental, change la façon d’aborder le lien à l’animal et la vision que l’on a de ce sport ? Selon Anouk c’est variable d’une personne à l’autre. Si Lucas se sent « freiné » après une chute, il ne développe pas pour autant une appréhension vis à vis du sport et de l’animal. En fin de compte c’est la répétition de la chute qui peut poser problème.

L’équitation, plus qu’un sport : un médicament

« L’extérieur du cheval exerce une influence bénéfique sur l’intérieur de l’homme. » Winston Churchill

Au-delà des risques, côtoyer un cheval peut au contraire avoir des effets positifs sur l’Homme. L’équithérapie (equus (le cheval, en latin) et therapeia (le traitement ou le soin, en grec)) désigne tout simplement l’art de soigner l’esprit ou le corps par la médiation du cheval. Cette méthode met en relation le cheval, le patient et le thérapeute. En effet, le cheval est plus qu’un animal, il a en quelques sorte, un pouvoir qui permet la guérison. Ce moyen de médiation animalière est utilisé comme traitement sur des patients atteint d’Alzheimer, ou d’autisme ou dans le traitement de maladie d’ordre psychique, en cas de handicap ou de trouble du comportement.

Le contact avec les chevaux redonne le sourire aux malades et leur fait reprendre confiance. Il permet aussi aux patients de s'entraîner physiquement et de travailler leur motricité.

L’équitation est un sport pas comme les autres de par sa complexité. Le rapport à l’animal en fait un sport unique et intéressant avec un animal extraordinaire.

Nuno Oiliverra résumerai l’équitation en seulement trois petits mots : Cadence, Légèreté, Géométrie. Pour Lucas ses mots sont : équipe, persévérance et satisfaction. Pour moi ce sera : obstacle, passion et langage. Chaque mot veut dire beaucoup et représente beaucoup. A vous de trouver les vôtres !

Et pourquoi pas essayer ce sport sans crainte d’être jugé, sans crainte du regard des autres surtout les garçons...Qui sait le cheval sera peut-être votre nouvel ami, le gardien de vos secrets. Vivez l’expérience juste le temps d’une foulée, juste le temps d’un battement d’aile...

« Le cheval est pour l’homme comme les ailes pour l’oiseau. » Proverbe Turkmène

Julie B.

Sources :

Crédits photos : Julie B.