CUMA Sainte Geneviève/Cantoin et Parc Naturel Régional de l’Aubrac
« Nos vaches ont du mal à ruminer et c’est arrivé que certaines meurent ». explique Guillaume Raynal, agriculteur et vice-président de la CUMA de Sainte Geneviève/Cantoin, touché, comme beaucoup, par le problème des campagnols sur les prairies naturelles. Le fourrage produit l’été est rempli de terre que les vaches ingèrent en mangeant l’hiver. Les récoltes sont aussi plus faibles voire « diminuées de moitié » complète Guillaume. « Avant, il y avait toujours un papi dans les fermes qui allait piéger, mais aujourd’hui, cette charge est mise de côté, car l’évolution des structures ne le permet plus » constate Jean Valadier, élu du Parc. En effet, pour piéger, les agriculteurs manquent de temps et de main-d'œuvre.
Une méthode en face de test pour remédier au problème « campagnol ».
En 2022, 19 agriculteurs adhérents de la CUMA, accompagnés par le Parc naturel régional de l’Aubrac ont entamé une expérimentation, qui durera jusqu’en 2025, de lutte contre le campagnol grâce à un piégeur salarié : Laurent Felgines. C’est atypique, « un style d’emploi pas très courant » plaisante Guillaume Raynal. La méthode mise en place est celle de l’impluvium de Volvic. L’entreprise d’embouteillage fait appel à un piégeur indépendant n’utilisant pas de raticide. Au bout de 3 à 5 ans, Volvic a réussi à maintenir un nombre minime de campagnols et à moindre coût. Le but de cette expérimentation menée en Aubrac est de voir si cette méthode est viable dans le temps pour les agriculteurs.
« Le Parc participe à la surveillance des populations de campagnols sur le territoire » indique Ugolin Bourbon-Denis chargé de mission au Parc. « En ce moment, on est sur un cycle de basse densité » relate-t-il. « C’est maintenant qu’il faut intervenir pour avoir une action plus efficace et maintenir ce niveau car une fois que les populations augmentent, ni le piégeage, ni les pesticides ne peuvent lutter. » Le rat fonctionne par cycle de 4 à 7 ans « Il ne faut pas faire de conclusion trop hâtive. L’expérience doit encore être conduite pendant quelques années. »
Pour l’instant, l’ensemble des 19 adhérents sont enchantés. Plusieurs formations ont été organisées par le Parc pour les agriculteurs de la CUMA. Ils sont allés à Volvic et le piégeur est venu en Aveyron. Les parcelles piégées sont à proximité les unes des autres pour ne pas créer de refuge aux campagnols. Le travail du piégeur est collectif, organisé et optimisé. Guillaume Raynal soutient que la réussite de ce projet repose sur des agriculteurs motivés et « un bon piégeur ».

Un projet qui a besoin de financement : un coup de pouce pour la première année.
Le Parc a permis d’obtenir une subvention de la région Occitanie de 40 000 € pour la CUMA pour cette première année. Emmanuelle Valadier, la trésorière, renseigne que cet argent a servi pour l’achat d’un véhicule pour le piégeur et l’achat de 500 pièges et « 60% pour le salaire du piégeur ». Pour les deux années à venir, la subvention publique sera d’environ 10 000 € par an et l’objectif est que le Fonds national agricole de Mutualisation Sanitaire et Environnemental (FMSE) puisse prendre le relais.
Un procédé bénéfique pour la santé publique.
« Plus que jamais, cette solution est intéressante, car le rat pose des problèmes sur l’eau » intervient Jean Valadier. « Les rats meurent dans les réservoirs d’eau. C’est un enjeu d’intérêt général ! »
Bientôt une possible expérimentation en Lozère.
Le Parc a candidaté au Fonds vert de l’État pour accompagner la création d’un second collectif d'agriculteurs, qui sera ouvert à tous, sur un autre secteur de l’Aubrac dès 2024.
Julie B
crédit photo: Julie B
Légende Photo : Laurent Felgines, piégeur entrain de relever les pièges.
Sujet repris dans la Lozère Nouvelle du 07/12/2023